Drame de Ceuta : la réponse sécuritaire hors sol des autorités françaises

Communiqué Anafé

Alors que l’arrivée de 72 000 personnes dans l’enclave espagnole a été endeuillée par la mort de plusieurs dizaines de personnes (bilan qui devrait s’alourdir encore), certains États européens, loin de se préoccuper des considérations humanitaires primordiales comme l’accès aux soins ou la mise à l’abri des personnes exilées face à un centre d’accueil saturé, n’ont eu comme unique réaction que de remettre en question la pertinence l’espace Schengen.

À l’aube de cette soi-disant « crise », le Ministre de l’intérieur français, à la demande du Président de la République, s’est empressé d’annoncer le renforcement de la présence des forces de l’ordre à la frontière franco-espagnole. 

Le positionnement de la France interroge tant il est déconnecté avec la réalité du terrain. Quel mouvement migratoire la France entend-elle réellement contrôler ?

Au lendemain de la crise, gendarmes, policiers et militaires de l’opération Sentinelle ont, une nouvelle fois, été déployés aux points de passages autorisés à la frontière entre l’Espagne et la France afin de contrôler les présupposées arrivées depuis l’enclave de Ceuta, alors même que 1 200 kilomètres — incluant la mer Méditerranée — séparent l’enclave espagnole de la chaîne des Pyrénées. Les entraves à la mobilité mises en place à Ceuta depuis des décennies – notamment, des contrôles d’identité à l’entrée et la sortie du territoire de cette enclave – contraignent les personnes exilées à y demeurer pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, avant de pouvoir espérer rejoindre la péninsule ibérique et, a fortiori, le reste de l’espace Schengen dont Ceuta est exclu.

En dépit de l’inadéquation du déploiement sécuritaire à cette réalité géo-politique bien connue, Laurent Nuñez s’empressait le 4 août de réaffirmer sa volonté de verrouiller les frontières intérieures avec l’Espagne et l’Italie – oubliant au passage qu’elles le sont déjà depuis plus de dix ans dans le cadre du rétablissement des contrôles aux frontières intérieures par la France.

Bien loin de répondre à des enjeux réalistes ou d’apporter un soutien humanitaire concret, la France se livre à une véritable instrumentalisation politique et médiatique d’une situation qui n’est que l’effet boomerang de la politique d’externalisation par laquelle l’Union européenne entend déléguer le contrôle de ses frontières extérieures au Maroc à tout prix – y compris celui des vies humaines.

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