Brève 2017 – Malaise en zone d’attente de Roissy
Dans la zone d’attente de Roissy, contrairement aux autres zones d’attente, il y a un cabinet médical pour les personnes maintenues. Il n’est pas très bien indiqué, la porte n’est pas toujours ouverte, mais il existe. Il est situé au rez-de-chaussée, près du réfectoire, entre les toilettes et l’escalier utilisé pour accéder aux chambres à l’étage. Une sonnette discrète permet de signaler sa présence au personnel soignant.
Ainsi, lorsque pendant l’une des permanences de l’Anafé, une femme perd connaissance dans le bureau, l’une d’entre nous reste à ses côtés en l’installant en position latérale de sécurité (PLS), tandis que l’autre s’élance dans les longs couloirs de la zone d’hébergement. Dévalant les escaliers, elle tente de prévenir le médecin. Elle sonne une première fois. Une deuxième. Une troisième. Le temps passe. Sans réponse à la quatrième tentative, elle allait faire demi-tour, lorsque l’infirmière l’interpelle. Elle l’informe de la situation, qui ne semble pas alarmer celle-ci outre mesure. L’infirmière prend son temps pour aller récupérer ses affaires, alors que l’intervenante de l’Anafé retourne dans le bureau.
Après un long moment d’attente, nous alertons une personne de la Croix-Rouge qui passait dans le couloir. D’un commun accord, nous décidons d’appeler les pompiers. L’infirmière finit par nous rejoindre, mais, ne maitrisant pas l’anglais, elle ne parvient pas à communiquer avec la dame, laquelle, à demi-consciente, peine par ailleurs à s’exprimer. Les pompiers arrivent peu de temps après, accompagnés de la police, et du médecin que nous attendions avec impatience. Ce dernier balaie la pièce du regard pour découvrir la femme allongée dans le bureau. Sa première réaction est de s’enquérir du nom de la personne ayant osé prévenir les secours sans intervention préalable du médecin, contournant ainsi la procédure applicable en la matière. Policiers et service médical ont l’air de penser que « Madame joue la comédie ». Les pompiers les ramènent à la réalité : la femme est peut-être en danger, il faut la conduire à l’hôpital. Notre bureau se vide. Nous restons choquées.
Ce qui nous frappe c’est la (non)réaction des professionnels de santé. Dans la scène qui vient de se dérouler sous nos yeux, l’ordre des priorités semble avoir été totalement bouleversé. Avant de porter secours, il s’est agi de trouver quelqu’un sur qui rejeter la responsabilité, notamment pour mieux cacher le manque de réactivité des différents services administratifs de la ZAPI et ses conséquences sur la situation de la dame. Eviter de devoir justifier pourquoi le médecin est introuvable, pourquoi l’infirmière prend son temps, pourquoi aucun numéro n’est affiché pour les contacter lorsqu’ils s’absentent du cabinet.
Alors qu’à Roissy, l’accès aux soins est censé être garanti par la présence quotidienne d’un service médical, cette expérience montre bien que les choses ne sont pas aussi simples. Malgré les multiples sonnettes d’alarmes tirées par l’Anafé lorsqu’elle a eu écho de difficultés d’accès à ce service, il s’agit encore d’un réel problème en zone d’attente, et particulièrement dans les situations d’urgence. Cela s’avère d’autant plus inquiétant lorsque les personnes maintenues se retrouvent face à des membres du personnel médical avec lesquels, faute d’interprète, elles n’ont aucun moyen de communiquer.
La journée touche à sa fin et lorsqu’il quitte notre bureau, un policier nous fait remarquer la chaleur étouffante qui y règne, et qui, selon lui, explique le malaise de cette dame. Nous – et nos fenêtres condamnées pour raisons de sécurité – n’avons rien trouvé à répondre.
Mathilde et Sophie-Anne, Intervenantes Anafé, 2017
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