Brève 2018 – Absence de prise en charge psychiatrique en zone d’attente
Osman[1], de nationalité turque et d’origine kurde, a déposé une demande d’entrée sur le territoire au titre de l’asile dès son arrivée à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle. Quand il se présente à la permanence de l’Anafé, il apparaît affaibli, angoissé, instable. A la lecture de ses documents, notamment de ses nombreux certificats médicaux et documents relatifs aux séjours en hôpitaux psychiatriques, les permanenciers apprennent qu’Osman souffre de schizophrénie paranoïde. La schizophrénie paranoïde, selon le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, se traduit par « une préoccupation par une ou plusieurs idées délirantes ou par des hallucinations auditives fréquentes ». Osman est de ce fait très affecté par son enfermement. N’ayant pas pu prendre ses médicaments avant son arrivée en zone d’attente, soit depuis 10 jours, il explique que ses psychoses se déclenchent quand il est seul dans sa chambre, qu’il n’arrive pas à dormir et qu’il a des envies suicidaires. Osman a donc fait part à de nombreuses reprises de son besoin d’un suivi psychiatrique et médical.
La zone d’attente de Roissy (ZAPI) est la seule en France à disposer d’une unité médicale, rattachée à l’hôpital Ballanger, où les personnes maintenues peuvent se rendre a priori « librement ». A priori, puisque des difficultés dans l’accès aux soins et au médecin persistent et sont subies régulièrement par les personnes maintenues.
Ainsi, Osman ne verra aucun spécialiste pendant les cinq jours passés en zone d’attente, alors même qu’il suit un lourd traitement médicamenteux d’anti-dépresseurs, anti-psychotiques, et anti-parkinsons. Ce traitement lui a été délivré par l’infirmière de la ZAPI et non pas par le médecin. Ce n’est que le troisième jour de maintien, juste avant son entretien OFPRA, qu’Osman a pu être reçu par le médecin, qui n’avait toujours pas été informé de sa situation médicale.
Face à l’état de santé préoccupant d’Osman, l’Anafé a informé l’OFPRA de sa vulnérabilité pour que l’entretien soit aménagé et l’a accompagné à cet entretien. Osman a finalement été admis sur le territoire au titre de l’asile après 5 jours de maintien.
Si le droit « à demander l’assistance d’un médecin » est prévu pour les personnes maintenues par l’article L. 221-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA), celui-ci reste en pratique partiel. Rien n’est prévu pour le suivi psychiatrique des personnes souffrant de troubles psychologiques. Hormis les cas d’urgence psychiatriques, il est impossible pour elles de voir un psychologue ou un psychiatre en zone d’attente. C’est pourtant bien dans ce contexte de stress lié à la privation de liberté et à la peur d’être renvoyé qu’une telle consultation pourrait s’avérer fondamentale. Surtout, aucun texte ne prévoit un principe de protection pour les étrangers malades contre l’enfermement en zone d’attente ou le renvoi.
Coralie, Intervenante Anafé, 2018
[1] Prénom d’emprunt
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